Les PFAS : un enjeu sanitaire et environnemental majeur

Ce mardi, une proposition de loi d’Ecolo-Groen a été rejetée à la Chambre. Celle-ci visait à interdire la mise sur le marché et l’exportation de pesticides contenant des PFAS. Nous agissons à tous les niveaux de pouvoirs pour lutter contre ces polluants éternels, mais nous n’avons pas soutenu ce texte. On vous explique pourquoi.

Ce 24 février 2026, une proposition de loi d’Ecolo-Groen a été rejetée à la Chambre. Celle-ci visait à interdire la mise sur le marché et l’exportation de pesticides contenant des PFAS. Dans la foulée, une communication ciblant explicitement Les Engagés a circulé sur les réseaux sociaux, laissant entendre que notre vote traduirait une volonté de protéger l’industrie au détriment de la santé.

C’est évidemment faux. Et surtout, c’est une présentation tronquée d’un débat complexe qui mérite mieux que des raccourcis. Nous tenions dès lors à faire le point et rappeler les faits.

Les PFAS : un enjeu sanitaire et environnemental majeur

Les PFAS sont souvent appelés « polluants éternels ». Pourquoi ? Parce qu’ils se dégradent extrêmement lentement dans la nature.

Il s’agit en réalité d’une très grande famille chimique. En effet, plus de 10.000 substances différentes sont classées dans la famille des PFAS, et elles ont un point commun : une liaison très solide entre le carbone et le fluor. Cette liaison les rend résistants à la chaleur, imperméables à l’eau et aux graisses et très stables dans le temps. Ces propriétés les ont rendus très utiles dans de nombreux produits du quotidien : revêtements antiadhésifs, vêtements imperméables, emballages alimentaires, mousses anti-incendie… et aussi certains pesticides.

Mais les PFAS sont « trop » stables. Quand ils sont libérés dans l’environnement, ils ne disparaissent presque pas. Ils peuvent alors : contaminer les nappes phréatiques, s’accumuler dans les sols agricoles, entrer dans la chaîne alimentaire et enfin s’accumuler dans notre organisme. Certaines molécules de la famille des PFAS sont associées à des effets préoccupants : troubles hormonaux, effets sur le système immunitaire, augmentation de certains risques de maladies. Tous les PFAS ne présentent pas les mêmes risques, mais leur persistance pose un défi majeur.

En 2022, on estimait que 8.330 tonnes de PFAS étaient utilisées en Belgique, tous secteurs confondus. Les pesticides représentaient environ 270 tonnes, soit 5 % du total. Ces données montrent que le problème dépasse largement la seule question des pesticides et que l’action doit être globale, structurée et cohérente.

Le procès de Zwijndrecht

Ce 24 février a débuté le procès de 1.400 habitants de Zwijndrecht, près d’Anvers, contre l’entreprise 3M. Une pollution importante aux PFAS avait été révélée en 2021 autour de son site. Un accord à 571 millions d’euros avait alors été conclu entre la Flandre et l’entreprise pour gérer la pollution. Du côté des habitants, des analyses sanguines ont montré des concentrations très élevées de PFAS chez certains d’entre eux. C’est sur cette base que porte le procès qui a commencé mardi.

Une réponse à la hauteur des enjeux

Les Engagés ont voté contre la proposition d’Ecolo/Groen, pas contre la lutte contre les PFAS dans laquelle ils sont engagés à tous les niveaux de pouvoir. Pourquoi ce texte n’était pas adapté ?

Une approche isolée et partielle

La proposition d’Ecolo/Groen ne ciblait qu’une partie du problème : certains pesticides contenant des PFAS. Or la question des PFAS traverse de nombreux secteurs (textiles, emballages, mousses anti-incendie, produits industriels, etc.). Agir de manière fragmentée, sans cohérence avec une stratégie globale et coordonnée entre niveaux de pouvoir, risque d’affaiblir l’efficacité de l’action publique.

Aucune analyse d’impact

Sans analyse de l’impact économique d’une telle proposition de loi, sur les agriculteurs particulièrement, une interdiction immédiate et sans progressivité risquait de mettre une pression supplémentaire inacceptable sur les exploitations agricoles, déjà sous tension. Cette proposition pouvant potentiellement avoir un impact économique énorme, elle doit être pensée de concert avec des dispositions de transition et d’accompagnement pour les acteurs.

Une question de compétences européennes

La mise sur le marché des produits est largement encadrée par le droit européen (règlement REACH, projets de restriction universelle des PFAS, etc.). Toute interdiction nationale doit poursuivre un objectif légitime (santé, environnement), être nécessaire, proportionnée et non discriminatoire. Une interdiction totale de mise sur le marché au niveau fédéral, sans coordination européenne, comporte un risque juridique réel. Une restriction ciblée de l’usage, ou une action coordonnée au niveau régional pour les pesticides, peut s’avérer plus pertinente et plus solide. Notre accord de gouvernement prévoit d’agir prioritairement à l’échelle européenne, qui est la plus cohérente pour une pollution qui ne connaît pas de frontières.

Un timing politique

Le timing de la soumission au vote semblait dicté par des intérêts politiques, liés à l’actualité du procès 3M, et dont le seul objectif était de pouvoir préparer un coup en communication plutôt qu’une proposition réelle pragmatique de transition vers un monde sans produits PFAS.

Là où nous agissons

Les Engagés n’ont pas attendu cette proposition de loi pour agir dans la lutte contre les PFAS.

Notre ministre du Climat et de la Transition environnementale Jean-Luc Crucke a présenté le 23 décembre 2025 une stratégie pour ne plus agir seulement quand une crise éclate, mais pour mettre en place une action organisée et durable, appuyée sur la science, la coopération entre les autorités et l’évolution progressive de l’industrie. Elle prévoit d’agir sur les PFAS présents dans les produits de consommation en s’appuyant sur des études d’impact et sur un dialogue entre tous les acteurs concernés, d’anticiper les nouveaux risques chimiques et d’accompagner le secteur de la chimie dans sa transformation. L’objectif est donc de répondre concrètement au problème actuel des PFAS, tout en améliorant plus largement la manière dont nous prévenons et gérons les pollutions chimiques dans notre environnement.

Dans cette première phase, une étude approfondie a été lancée par le ministre pour mesurer concrètement où et comment les « polluants éternels » sont émis, comment la population y est exposée via les principaux produits de consommation, et quelles seraient les conséquences économiques, budgétaires et sociales de nouvelles mesures. L’analyse évaluera aussi les solutions de remplacement disponibles, tant sur le plan technique que financier. Les conclusions et les propositions d’action sont attendues en 2026. Elles permettront également de déterminer plus clairement comment mettre en place, de manière réaliste et efficace, le Fonds PFAS prévu dans l’accord de Gouvernement.

Au niveau régional, le ministre de la Santé et de l’Environnement Yves Coppieters est en concertation avec le monde agricole depuis la fin de l’année 2025 sur 3 arrêtés pour agir contre les effets néfastes sanitaires et environnementaux des pesticides. L’un de ces arrêtés vise explicitement à trouver une stratégie avec les agriculteurs pour stopper l’usage des pesticides PFAS le plus rapidement possible.

Ce que nous défendons

Notre programme est sans ambiguïté :

  • appliquer en Wallonie et à Bruxelles des normes plus strictes que l’UE lorsque nécessaire ;
  • renforcer les contrôles et les sanctions envers les entreprises qui rejettent des PFAS ;
  • accélérer les cartographies des sols et des eaux ;
  • interdire les PFAS au niveau européen.

L’ambition est là : protéger la santé des citoyens et l’environnement, durablement.

Notre boussole : la santé environnementale

Nous promouvons la « santé environnementale », telle que définie par l’OMS. Elle implique d’agir sur les facteurs chimiques, physiques et biologiques qui affectent la santé des générations actuelles et futures.

Trois balises guident notre action.

  • Le principe de précaution

Agir sans attendre des catastrophes sanitaires. Mais agir de manière structurée : monitoring, transparence sur les substances présentes dans l’environnement, contrôle renforcé. Nos propositions vont au-delà d’une interdiction symbolique, elles visent un système de prévention complet.

  • Éviter l’effet cocktail

Traiter les PFAS molécule par molécule risque de sous-évaluer les effets combinés. Nous défendons une approche globale des substances dangereuses, avec des normes mesurables et une attention aux risques liés aux alternatives. Remplacer une molécule nocive par une autre plus problématique serait un échec.

  • La prise de responsabilité

Les constats scientifiques sont clairs : il faut éliminer les pollutions à la source. Mais les PFAS sont omniprésents dans notre société. Une transition réussie nécessite des plans économiques, sociaux, sanitaires et environnementaux cohérents.

Interdire, oui. Improviser, non.

Sortir des caricatures

Présenter notre vote comme une défense des intérêts industriels contre la santé est une caricature. Nous refusons une politique de communication. Nous voulons une politique de résultats. La lutte contre les PFAS exige rigueur scientifique, cohérence juridique, accompagnement économique et ambition européenne. C’est cette voie exigeante que Les Engagés ont choisie.

Parce que la santé environnementale mérite mieux que des slogans.